Le Blog de François-Xavier PRÉVOT, Photographe Professionnel Marseille


Monastère de RONGPHUK, 1er Camp de Base de l’Everest, 5.200 mètres, Tibet.
Ma chérie,

Décidément, la vie ressemble à un chemin de montagne.

Tu sais à quel point la montagne a toujours exercé sur moi une fascination quasi hypnotique. Ici, où que je sois, je marche le nez en l’air…
Un grand écart permanent entre la Terre et le Ciel !

Que te dire sinon que ces sommets inaccessibles, ces arrêtes pures et fuyantes, ces parois de glace verticales et ces glaciers suspendus ridés de crevasses bleutées ont eu raison des vagues chaudes et salées de la méditerranée de mon enfance.
Autant que cet air pur à te brûler les poumons, cette lumière aveuglante et ce silence à te décoller l’Ame ont su définitivement remplacer dans mon cœur les plaintes et les gémissements des hommes d’En-Bas.

Alors, je t’en prie, ma chérie, ne m’en veux pas.
Tu sais bien que mon départ n’est pas une fuite, oh non.
Toute ma vie durant, à tes côtés, j’ai toujours essayé de ne jamais fuir quoi que ce soit ou qui que ce soit. Affronter, mais ne pas contourner.
Aller de l’avant, sans me retourner. De toute façon, qu’on le veuille ou non, nous ne pouvons qu’avancer.
Toi qui as si souvent, tout au long de ces années, guidé chacun de mes pas, toi qui m’as parfois porté à bout de bras, c’est à mon tour, aujourd’hui, d’ouvrir une Nouvelle Route et de marcher devant toi.

Vois-tu, où que l’on soit, on emporte toujours avec soi ce que l’on est. Notre Paradis, notre Enfer et toutes les teintes infinies des nuages de notre âme. Et s’il est vrai que, tout au long de notre vie, ici comme « Là-Haut », quelqu’un est toujours notre guide et nous sommes toujours le guide de quelqu’un, je n’ai choisi d’emporter cette fois-ci pour tout bagage, pour m’accompagner dans cette Arrête « Finale », qu’un seul et dernier Guide. Ma Petite Voix Intérieure. Celle qui, sans relâche, me montre La Voie. Cette Petite Voix qui murmure en moi depuis toujours et qui sait tout depuis le début. Et me voici.

J’ai attendu si longtemps ce moment que ma mémoire se brise dans toutes ces secondes, ces minutes et ces années qui viennent de s’écouler dans le sablier de ma vie. Mais ce sont elles et leurs chapelets d’enseignements qui m’ont permis de parvenir enfin sur le Toit du Monde, comme disent encore mes amis nomades, seuls survivants des massacres généralisés du printemps dernier. Vivre enfin ici pour continuer d’apprendre et réapprendre encore.

Pas pour être « grand », non.
Qui serait assez fou pour prétendre se trouver « grand » au pied de ces forêts de montagnes qui chatouillent la Voie Lactée ?
Non, pas pour être « grand », pour grandir. Apprendre ne finit jamais, et moi qui me tasse chaque jour un peu plus, c’est ici que je veux continuer de grandir.
Marcher plus loin, monter plus haut.
Sans but.
Il suffit de gravir une seule fois le sommet d’une de ces montagnes qui cache l’océan de toutes les autres pour s’en convaincre une fois pour toutes : il n’y a pas de but, seulement des étapes.

Et le chemin, notre seul et unique chemin. Seul le chemin compte.
Qui connaît Le But ?
Monter encore plus loin, marcher toujours plus haut.
S’arrêter un peu, repartir toujours.
« Nombreuses sont les perspectives qui s’offrent au regard de celui qui atteint le sommet de la montagne », et pourtant, vois-tu, ce n’est qu’une fois parvenu au sommet que l’on peut vraiment commencer à s’élever.

Ce matin, j’ai fêté mes 86 ans avec mes frères nomades au pied de Déesse–Mère-Des-Neiges, Chomolumgma, la plus haute Montagne du Monde. Ce matin, même le vent glacial de l’Himalaya n’a pu éteindre une seule des 86 petites flammes qui habitent réchauffent et désormais mon âme. C’est ici, désormais, que je continue de grandir.

Ici aussi que j’ai envie de passer maintenant de ce monde à un Autre.
Que je veux « mourir », comme on dit En-Bas, avec le sourire.
C’est Là-Haut, plus près des Dieux, « là où la Terre discute avec le Ciel », que j’ai commencé de me faner et qu’un jour, peut-être, à tes côtés, je pourrai y refleurir.

Monter, descendre, mourir, renaître …

Oui, décidément, ma chérie, la vie ressemble à un chemin de montagne.
Vivre et marcher, c’est la même chose.

Dieu est avec moi. Qui sera contre moi ?

De toute façon, qu’on le veuille ou non, nous ne pouvons qu’avancer.

Ça tombe bien : il n’y a pas de limites.

Celui qui montre le Chemin doit d’abord le prendre.

La route continue.
Je t’aime.

Ton homme qui marche, François-Xavier.

François-Xavier Prévot.

Texte extrait du Carnet de Voyages à paraître:

"de l'Himalaya au Sahara : s’arrêter, un peu. Repartir, toujours..",

et de "d'un Monde de Ténèbres à un Monde de Lumière",

Voir toutes les photos du Tibet sur le site de l'auteur

Dessin: © Kaori Sakuma. Pour regarder d'autres croquis de voyages du Tibet, du Sahara, du Mali et du Japon de Kaori Sakuma :

voir la Galerie "Aux Pays de Kaori"




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